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Mes premiers makisEst-ce une chance ou une expérience à vivre ? Flavie va tester ce soir mes premiers makis. Ça me démangeait depuis un moment d’en faire et c’est un coup d’essai avant le cours que je vais prendre fin janvier dans l’atelier de Sakura, à Paris. Bon, ce fut un peu fastidieux, la cuisson du riz, tout ça, mais j’y ai pris un certain plaisir néanmoins. Ce matin, j’avais chevauché mon vélo pour me procurer du saumon frais chez le petit poissonnier de Blanqui. Y couper de fines tranches avec mon couteau japonais (un santoku) fut particulièrement jouissif, je dois dire, comme quoi il y a des plaisirs simples. L’avocat était parfait et j’ai allongé ce petit monde sur le tapis de riz vinaigré. Première erreur : dans le sens inverse de la natte en bambou. Faut quand même être bête ! J’ai tenté de réparer les dégâts, mais la fragilité de l’algue nori ne permet guère de marge de manœuvre. Autant dire que le premier rouleau avait une allure plus que lourdaude. Les deux suivants ont une silhouette bien plus avenante. Une fois ourlés avec un trait d’humidité, je les ai découpés avec mon couteau humide et là, ô suprise, ça ressemblait à des makis ! Bon, on est d’accord, la marge de progression est importante, mais c’est un début. Une question demeure : Flavie aime-t-elle les makis ?

Photo de l’auteur (on notera au dessus de l’assiette de makis, à droite de l’encens japonais, un petit presse-citron fort pratique en forme d’oiseau, acheté chez un coutelier de Kyoto).

Tunnel de toris Combien de marches ai-je dû gravir pour atteindre le sommet de la colline ? Oh, elle n’est pas bien haute, un peu plus de 230 m, mais il m’a semblé en grimper bien plus que pour atteindre le haut de la Tour Eiffel. La visite du sanctuaire Fushimi Inari tient plus de la randonnée que du recueillement, même si les deux, bien sûr, ne sont pas incompatibles. Ce qui m’a attirée sur ces lieux (débordées par nos envies, Hélène et moi avons aujourd’hui vaqué chacune de notre côté), outre l’aspect bucolique, ce sont ces surprenants couloirs de torii qui serpentent dans la montagne et dans lesquels on s’engage sans trop savoir où ils vont nous mener. Ces portiques vermillon symbolisent le passage du profane au sacré. Ici, il y en aurait plus de 30 000 alignés sur un total de 5 km ! De fait, je n’ai cessé d’en emprunter pendant environ une heure quinze, le temps qu’il m’ a fallu pour jouir d’une belle vue sur Kyoto. En chemin, j’ai croisé de nombreux renards, tous figés dans la pierre, messagers sur terre de la divinité Inari dans la religion shinto (et bouddhiste). Le canidé est censé veiller sur les récoltes et tient souvent dans sa gueule la clé du grenier à blé. Même les nouilles que l’on peut déguster dans les pittoresques auberges, en chemin, s’appellent kitsune udon (nouilles du renard).

En m’élevant sur la colline, je me suis dit que le shintoïsme était la seule religion dont je me sens à peu près proche, bien loin de nos croyances monothéistes, moralisatrices et dogmatiques. Aucune représentation humaine (à ma connaissance, somme toute assez succincte), que des bestioles. Une communion singulière avec la nature, entre animisme et panthéisme. Les Japonais ne construisent pas de cathédrales, mais ils font de divins jardins.

A Kyoto, mon excitation à l’égard de la gastronomie japonaise est à son comble. A Tokyo déjà, nous avions exploré le quartier Kappabashi, où se  concentrent les ustensiles de cuisine, et le marché Tsukiji, sorte de Rungis entièrement dédié aux poissons et fruits de mer (le plus grand du monde tout de même, c’est très impressionnant, bien que nous n’ayons pas vu la criée aux thons rouges, dont l’accès est très réglementé). A Kyoto, la pluie aidant, nous avons passé une partie de la matinée au marché Nishiki, surnommé la « cuisine de Kyoto », parce que les grands chefs du kaiseki (les plats les plus raffinés de la ville) s’y approvisionnent. C’est une longue allée étroite et couverte bordée d’échoppes, alimentaires pour la plupart. Nous nous sommes aussi arrêtées chez un coutelier à l’art affûté (une pure merveille, voir le blog d’Hélène) et chez un « sakiste » charmant et concentré. Le saké (Bouzimaya) goûté le jour de notre arrivé m’ayant déçue, j’ai cherché une  bonne adresse pour me procurer un saké non pasteurisé (namazake). Impossible, en revanche, de trouver le Kawasemi dégusté avec Jérôme à Paris. En accompagnement de nos pickles de légumes (tsukemono), il s’est avéré moins sec et très fruité, plus proche du Kawasemi qui avait séduit mon palais d’Européenne rompue aux vins gouleyants. Pas de coup de cœur, en revanche, pour les délicates pâtisseries achetées dans une belle boutique de Shijo-dori. Si les Japonais excellent dans l’art de l’emballage, le contenu n’est pas à la hauteur du contenant !

L’ukiyo-e  est un mouvement artistique japonais de l’époque d’Edo comprenant non seulement une peinture populaire et narrative originale, mais aussi et surtout les estampes japonaises gravées sur bois. Dans son sens ancien, le « monde flottant » est lourdement chargé de notions bouddhiques, avec des connotations mettant l’accent sur la réalité d’un monde où la seule chose certaine, c’est l’impermanence de toute chose.

« Vivre uniquement le moment présent,
se livrer tout entier à la contemplation
de la lune, de la neige, de la fleur de cerisier
et de la feuille d’érable… ne pas se laisser abattre
par la pauvreté et ne pas la laisser transparaître
sur son visage, mais dériver comme une calebasse
sur la rivière, c’est ce qui s’appelle ukiyo. »

Préface d’Asai Ryōi dans Les Contes du monde flottant (env. 1665).

Source : Wikipédia

Imaginez une petite pièce d’eau rectangulaire de 2 mètres carrés avec une baignoire relativement basse. Vous déposez votre yukata (kimono léger) dans la minuscule pièce qui sert de sas (et vous n’arrivez pas habillée de pied en cap comme je l’ai fait ce soir). A l’aide du pommeau de douche ou des petites bassines posées au sol, vous vous rincez abondamment près de la baignoire, qui pour l’heure est couverte d’une sorte de mini « liner » destiné à conserver la chaleur de l’eau. Vous enroulez cette protection sur elle-même de manière à pénétrer dans la dite eau, dont la température est idéale pour se relaxer (du moins, ce fut mon cas). Quand vous vous glissez dans la baignoire, elle déborde mais pas de panique, ça n’est pas grave. Il y a un trop-plein conçu à cet effet sur le sol. Ouf. Immergée, vous pouvez donc méditer sans plus attendre sur les bizarreries des dernières 24 heures :

1 – La vitrine et le slogan en français d’un Love hotel à Tokyo, hier soir, où l’on propose des tarifs pour une heure, deux heures ou plus si affinités confirmées.

2 – Le mont Fuji revu depuis le shinkansen (le fameux train ultrarapide) en roulant vers Kyoto : il m’a paru trappu, privé de sa cime prisonnière des nuages. Je le suppose plus beau de loin.

3 – Une ardoise annonçant le beaujolais nouveau dans un resto de Kyoto.

4 – La première contravention de vélo mal garé (Florent Chavouet en est plusieurs fois victime dans Tokyo Sanpo).

Vous sortez du bain une fois ce petit film mental achevé. Et là, seulement là, vous vous lavez à grand renfort de savon jusqu’à ce qu’il n’en reste plus une bulle. Vous retournez alors au bain terminer ce petit rituel, comme il en existe beaucoup d’autres ici. Le mode d’emploi spécifie qu’on peut même chanter une petite chanson (spéciale dédicace au petit être brun).

 

Le guide du Routard Tokyo-KyotoJ – 2 avant le départ pour l’archipel nippon. Voilà quelques semaines que le voyage se prépare, avec l’aide précieuse d’Hélène, qui a le nez dans sa valise à l’heure qu’il est. Des yens (les Japonais utilisent très peu la carte bleue…) et une tablette de chocolat Bonnat de secours en poche, nous nous sommes aussi équipées d’une boussole (on ne rit pas : il est très difficile de se repérer à Tokyo, une mégalopole dont le diamètre va grosso modo de Paris à Angers…), de chaussettes neuves (on enlève souvent ses chaussures quand on entre quelque part) et d’une multitude de guides. On en a même un pour converser, parler de la pluie et des érables qui rougeoient (l’entraînement avant le départ laisse pour le coup à désirer, en dehors de l’indispensable moshi moshi dont nous usons volontiers !).

Bien aidées par Kanpai !, un site hautement recommandable pour ceux qui partent seuls au Japon, nous avons réservé à l’avance les trois ryokan (prononcer « liokant ») où nous ferons étape à Tokyo, puis à Kyoto. Ce sont des auberges traditionnelles où la surface de la chambre se mesure en nombre de tatamis.

Notre parti pris, limiter les déplacements sur quinze jours et ne pas visiter le Japon… à la japonaise. Il y a suffisamment à faire entre Tokyo et Kyoto, et aux alentours. L’avenir nous dira si nous avions raison.

A partir de samedi prochain, quand j’aurai digéré les 12 heures de vol direct et les 7 heures de décalage horaire, je tenterai de vous livrer un carnet de voyage quasi quotidien… si le Dieu Internet est avec nous ! Autant mettre à profit cette expérience hautement dépaysante pour de futurs voyageurs… J’ai beau être à Nantes, ce soir, je m’échauffe en cuisinant des soba au wok, nouilles japonaises à base de sarrasin. Ben quoi, ça change des galettes ! またあいましょう (c’est-à-dire mata aimashou)