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Pascal Dessaint au bord de la Loire, sur l'île Batailleuse.

Pascal Dessaint au bord de la Loire, sur l’île Batailleuse.

Après une première rencontre lors du dernier Festival de Ménigoute, j’ai retrouvé l’écrivain Pascal Dessaint au printemps dernier à la faveur de son invitation dans la maison de Julien Gracq, où il se trouvait en résidence. Jumelles au cou, l’ornitho auteur de romans noirs et verts m’a embarquée sur l’île Batailleuse, en contrebas de la vaste demeure, pour une balade écourtée par la pluie. Cette escapade, au cours de laquelle il a tout de même pu lire un texte inédit sur la Garonne, s’est achevée par une rencontre publique au Lieu Unique, à Nantes. J’en ai tiré un texte paru dans le dernier numéro de L’Oiseau magazine (n° 115), dont voici quelques passages :

“Ce jour-là, l’île Batailleuse a fait un pacte avec le ciel, qui déverse sur nos têtes des hallebardes de pluie. A deux pas de la Loire en crue, Pascal Dessaint veut défier la météo. Il sort de son sac quelques feuilles de papier dactylographiées et entame une lecture où il est question de Garonne. Un affront de trop pour le fleuve royal et les éléments, qui nous enjoignent finalement à faire machine arrière. « Faire des balades naturalistes et littéraires au bord de Loire, c’était le fantasme de George, un personnage de mon roman « Maintenant le mal est fait ! », ironise le romancier, détrempé, avant de reprendre sa marche, jumelles autour du cou, vers la Maison Julien Gracq où il se trouve alors en résidence, à Saint-Florent-le-Vieil. […]

« Je suis né à la nature avant de naître à la littérature, aime à dire ce cinquantenaire né à Dunkerque, installé à Toulouse depuis l’âge de 20 ans. Je suis devenu naturaliste grâce à un instituteur qui m’a orienté vers le Groupe ornithologique Nord à l’âge de 10 ans. Surtout intéressé par les oiseaux, j’ai élargi ma palette au fil du temps. En 1992, j’ai été l’assistant du peintre naturaliste Eric Alibert dans les Alpes. Ce cheminement fait que la nature est devenue une matière importante. Dans un de mes polars, paru en 1994, le commissaire est d’ailleurs ornithologue ! »

Au gré des actualités, ses préoccupations écologiques se sont intensifiées dans ses écrits. En 2000, il est saisi par un rapport d’experts sur l’extinction des espèces, qui inspirera « Mourir n’est peut-être pas la pire des choses ». En 2001, c’est l’explosion de l’usine AZF. « Mais un roman reste un roman et ne sensibilise pas aussi efficacement qu’un essai. D’où mes recueils de chroniques – Un drap sur le Kilimandjaro et L’appel de l’huître – où je raconte la nature avec humour et sans prêchi-prêcha. Cela dit, dans Cruelles natures, que j’ai écrit après une résidence en Brenne, je dépeins un journaliste naturaliste dépressif qui ramasse les animaux morts sur la route et aimerait faire poser des panneaux pour que les automobilistes roulent moins vite. Quelque temps après, des panneaux ont été installés sur les routes brennouses pour les tortues cistudes. La littérature peut donc se montrer utile ! »

Dominique A en dédicace au Lieu unique« Vous êtes une sacrée tripotée. » Dominique A est comme ça. Il a des sorties parfois un peu désuètes. Je le soupçonne d’en faire exprès, par amour des lettres. La salle à gradins du Lieu Unique était comble pour la première lecture musicale de son roman autobiographique, Y revenir. Le choix de Nantes n’est pas anodin : « Je proteste rarement quand on me présente comme nantais. » Comme il a réglé ses comptes avec Provins, sa ville natale, en allant y chanter ses morceaux pour la première fois, le 4 mars 2011, il semble être ici pour renouer avec la ville où il a fui, adolescent, à la faveur de la mutation paternelle.

Seul face au public et à son pupitre, c’est un écolier qui s’applique pour réciter sa poésie. Tout de noir vêtu, comme toujours sur scène. Il joue de la guitare et promène le bout de ses pieds sur de petits boîtiers dont j’ignore le nom, remplis de boutons. La technologie en renfort fait des miracles : elle fait écho à sa voix, repasse des boucles musicale, la maîtrise est parfaite. A peine l’artiste savonne-t-il parfois dans une lecture plus proche d’un psaume que d’un chant. Et de citer Kazuo Kamimura : « Ce qui marque le plus une personne, ce ne sont pas tant ses expériences passées que les paysages dans lesquels elle a vécu. »

Plus je vieillis, plus je partage son point de vue. J’ai grandi près d’un hypermarché qui a peu à peu vampirisé la campagne mancelle qui nous entourait. Cela fut peut-être déterminant dans ce que je suis maintenant.

Entre les extraits fort bien choisis dans une mise en scène minimaliste, Dominique A nous a offert quelques chansons : moment très émouvant, un titre interprété adolescent qui préfigure ses morceaux futurs, retransmis sur une sound machine et sur lequel il superpose sa voix d’adulte. Une reprise de La Fanette, de Brel, et de l’improbable Partir de Gisor, un titre eighties ingrat qui m’échappa à l’époque et qu’il clamait à tue-tête sur un sentier de Provins. Y revenir donc. Pactiser avec ses origines.

Parfois, il est question d’y aller. Depuis des années, je voulais y aller, au Japon. Par pure fascination : pour la culture, les mangas, la cuisine dans toutes ses composantes (makis, teppanyaki, kaseiki, tempura…), le shinto, la tradition confrontée à la modernité… Cette fois, c’est décidé, avec Hélène, on y va. Dans un mois, on sera à Tokyo (« assises sur une chaise »). Inconscience pour certains, privilège pour d’autres. « On ne nous apprend pas à se méfier de tout… »

Photo : Dominique A en dédicace au Lieu unique © Catherine Levesque

Julien Gracq parlait de « la forme d’une ville » en écrivant sur Nantes. Aujourd’hui, on pourrait parler d’une ville en forme. De Tours assoupie, quand j’arrive ici, je sors bien vite de ma torpeur. Pourquoi diable me suis-je enracinée dans ce grand village émollient ? Séduisant et lumineux au demeurant, ce pays des « fainéants sublimes », pour paraphraser l’expression de Balzac remise au goût du jour par Jean-Marie Laclavetine. Une ville ligérienne, à une heure de Paris, incapable de remettre à flot un Bateau ivre mythique quand Nantes a fait d’une usine de biscuits une scène nationale… Quand trouverai-je le courage de m’arracher à ces tièdes terres de tuffeau pour franchir les 173 km qui me séparent du granit et de l’air iodé. L’esprit de la mer ici flotte sur les pavés. Une fois n’est pas coutume, il fait grand bleu sur Nantes. Donne-moi la main.

Nantes vue par mon amie, Nathalie, nantaise :

Je pose un pied sur le quai, puis un autre, le train à peine arrêté en gare. Je débarque Gare Nord, accueillie par un petit crachin qui fixe l’air humide, je traverse en courant dans les flaques la voie des autos et celle du tramway qui stationne sur la gauche, je me sens chez moi. Je suis chez moi.

Hop, je grimpe sur la langue de fer que ravale la machine à mes pieds, les portes se ferment et le tramway démarre dans un bruit de violon que l’on accorde et qui fait tant sourire Catherine : “whaauumm”.

Un drelin aigu chasse les imprudents sur les quais. En station Château des ducs de Bretagne, vue sur la tour féerique du Lieu Unique et de l’autre côté le vent s’engouffre par les portes ouvertes sur les tours balayées de lumière et de pluie. Déjà sud Loire, la tour Bretagne aux trois quarts visible.

“Oh ma belle, fais un effort, élève-toi et sors de cette brume”. Etonnant ce taux d’humidité et ces têtes mouillées mais résignées et n’y pensant guère.

Bouffay, je saute du tramway, les gens de cette ville avalent des verres dehors, sous la tonnelle, ils se fichent des rideaux de pluie en biais qui percutent juste les chaussures. Ils se moquent tout autant des rigoles où dévale l’eau, c’est un peuple de l’eau douce, de celle qui tombe du ciel mais aussi celle savamment comblée sous leurs pieds, Erdre et Loire qui s’amusent à faire pencher les immeubles au fil de l’eau et du temps.

Nantais, marins d’eaux-douces qui repartent chancelants et chantant un peu trop fort sur le ponton pour regagner un temps leur cabine à l’abri des rues détrempées.

Ainsi va cette ville campée sur ses deux membres, l’un salé et lancé à l’infini vers l’ouest, l’autre doux et sage qui stabilise et relie telle une veine le corps vaste et puissant de la cité. Pour couronner le tout, un chapeau breton bien enfoncé sur le front et qui malgré la bourrasque tient bon l’ensemble.

Ainsi va la ville, autre sorte de ville blanche avec son tuffeau qui claque au soleil, quand celui-ci daigne montrer le bout de ses rayons au départ du navibus, bras de loire réveillé par la nostalgie du village de cap-horniers de l’autre côté : Trentemoult.

Et une fois dans les ruelles du village coloré, “la Médina“, à nouveau vue en face sur un quai-mémorial aux accents nègres qui bientôt équilibrera les immeubles chancelants des armateurs de la brinqueballante île Fedyeau et lui donnera ainsi ces véritables lettres de noblesse.

Maintenant, un coucher de soleil mordoré qui cristallise la Loire juste en bas du pont de Cheviré, sorte d’arc-en-ciel de béton sous lequel passent les oiseaux marins qui remontent avec la marée dans ce port qui n’en est plus un. La sterne habile évite l’immense éléphant arroseur d’humains au début du Hangar à Bananes, balade étrange qui semble mener vers le bout du monde.

Parfois, les géants traversent enfin la ville avec leurs grands yeux (é)mouvants et le Lieu Unique transforme le petit LU en madeleine de Proust. Il réchauffe quelque peu le canal Saint-Félix traversé par le vent, où se déplace quotidiennement un héron dont j’ai décidé que j’étais l’amie.

On attend l’âme de la ville dans ses quelques rues médiévales et on reste souvent déçu. Cela se joue souvent ailleurs et il faut patienter longtemps avant d’être apprivoisé par cette cité multiple.

Dominique A en concert à Allonnes, le 23 janvier 2012 Il arrive sur scène sans crier gare comme un débutant alors que ça fait vingt ans. C’était d’ailleurs sur cette scène confidentielle de la ville sans âme où j’ai grandi, Allonnes, en banlieue du Mans. Curieuse coïncidence, quand j’y pense.

Nous avons garé la voiture près du bourg, non loin de la boutique de Maurice Chausseur où ma mère achetait nos souliers. En quelques pas allongés, pressés, nous sommes devant la scène, groupies fidèles engoncées dans nos manteaux d’hiver.

Il dit que le concert commence par la fin. C’est un peu vrai. Deux musiciens pour reprendre les titres de La Fossette, album culte peut-être mais pas franchement mon préféré, hormis le morceau du Courage des oiseaux sans lequel, dit-il, il ne serait pas là ce soir. C’est un peu vrai aussi. Il n’empêche que c’est intense, avec cet accordéon plaintif et ce texte intrigant sur les lapins, mais pas aussi intense que la deuxième partie, où un quintette à vents s’installe en fond de scène.

La longue intro me rappelle Pierre et le Loup, le basson très vite exhume mes peurs d’enfant.

Les gouttelettes de sueur perlent sur le crâne nu du chanteur, luisant comme un clair de lune dans la brume artificielle de la salle Jean Carmet. Elles forment bientôt une discrète rivière qui suivra les sillons de part et d’autre du menton prognathe. Ses ongles sont coupés courts et il porte toujours ses Clarks, sa chemisette noire ajustée.

Parfois, il lance la tête vers l’arrière quand il ne s’agit pas de la jambe gauche, projetée vers l’avant dans un geste martial, incontrôlé. Et voilà qu’il cite le lamantin, « un phoque ». A cheval sur la systématique, je me dis que non, le lamantin n’est pas un phoque.

Après le concert, pendant que nous sirotons une bière, il finit par arriver, comme à son habitude, bouteille de 16 à la main, large sourire dégageant des dents régulières. Je m’approche de lui. Dominique A – être supérieur – ne peut ignorer que le lamantin n’est pas un phoque. Un mammifère aquatique, d’accord, mais un phoque, quand même ! « Ah bon ? me répond-il, amusé. Très bien, merci. Je vérifierai ! » Pour le prochain concert auquel j’assisterai, à Nantes, dois-je le prévenir  que le lapin n’est pas un rongeur. C’est un lagomorphe. Et Dominique A un artiste tout ce qu’il y a de plus humain, qui chérit les arbres, les lapins et les lamantins.

Photos : Dominique A en concert, le lundi 23 janvier, à Allonnes. Après le concert, mini-conférence sur le lamantin avec votre serviteuse. © Catherine Levesque et Fabrice Lemaréchal.