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Le bar microscopique La Jetée

Tomoyo à son bar« RER », train express, train touristique, funiculaire, œufs, bateau (pirate), marche, bus, train omnibus, « RER ». Dix moyens de transports en une journée, pas moins. Et une multitude de Japonais à qui ça n’avait pas l’air de déplaire. Peu d’occidentaux. Nous, on n’a pas aimé cette succession de norimono qui mènent qui à des fumerolles, qui sur un lac, certes joli, mais pas renversant. Et ce mont Fuji qui n’a daigné montrer que le bout de son sommet… Plus assez de courage pour se plonger dans un onsen dont l’eau chaude risquerait de nous ramollir définitivement.

En voyage, il y a toujours une journée  décevante. C’est comme ça. Le lieu où l’on va sans trop savoir si les guides ont raison ou pas de vous y conduire. Le besoin de vérifier. C’est valable dans l’autre sens. Et il y a toujours un petit miracle. Le nôtre a eu lieu hier soir, à Tokyo, dans le Golden Gai (rien à voir avec le monde gay, pas question d’amplifier la polémique qui semble enfler en France…). C’est un bout de quartier enclavé dans Shinzuku, entre un Uniqlo géant et des milliers d’enseignes lumineuses. Ça grouille de partout, on s’engage dans une venelle bordée de verdure et tout s’arrête. Une première ruelle, puis deux, cinq comme ça, parallèles et pas très longues, où s’alignent 200 bars de 4 m2 en moyenne.  Parce que la plupart réservent leur petite surface à des habitués, on en avait repéré un au nom français, La Jetée, qui est le titre d’un moyen métrage de Chris Marker. Décédé récemment, ce réalisateur avait attiré mon attention car il était proche d’Agnès Varda. Dans la ruelle étroite, nous repérons donc la porte à l’effigie de M. CHAT. Nous grimpons un petit escalier raide et nous entrons dans l’antre de LA cinéphilie. Une femme est seule derrière son bar et nous accueille dans un bon français. Nous nous installons au comptoir (pas de place pour plus de 2 personnes). Je lui demande combien de personnes elle peut servir dans une pièce si petite. Espiègle, Tomoyo me répond que ça dépend des nationalités ! Et nous parlons cinéma, pendant que je sirote mon alcool d’abricot, fascinée par sa culture cinématographique. Elle vient souvent en France, à Nantes notamment, pour le Festival des 3 continents qui, étrange hasard, commençait hier. Tout en parlant, elle nous cuisine des pommes de terre (nukago, des graines si j’ai bien compris) proportionnelles à la taille de son bar, à tel point que nous prenons au départ pour des olives… C’est succulent… Les nombreuses bouteilles de whisky, japonais ou pas, portent le nom des habitués qui les consomment, célèbres ou pas. Car de nombreux réalisateurs et autres personnalités ont, comme nous, échoué dans ce lieu insolite : Deneuve, Tarantino… ou Alex Beaupain. Je l’imagine sans peine aux Studio ou au Katorza. Un moment de grâce cinéphile.

Le Fujisan depuis le Shinkansen Pendant ma sieste tant attendue dans le Shinkansen, Hélène, conformément à notre petit rituel, m’a réveillée dès qu’elle l’a vu. Je l’ai d’abord aperçu à travers le hublot du bolide, qui tient plus de l’avion que du train à grande vitesse, coincé derrière la tête d’un passager que mes contorsions n’émouvaient pas le moins du monde. L’homme a eu la bonne idée de se lever, ce qui m’a permis de profiter pleinement du spectacle à travers la vitre, propre comme une vitre japonaise. Cime dégagée, enneigée, conforme à l’image mentale qu’on m’avait vendue. Je l’ai trouvé de nouveau trop gros, trapu, puis les angles changeant, plus svelte, racé. Il avait l’air de danser. Je suis allée sur la plateforme, près du bocal empli de volutes, réservé aux fumeurs. Et j’ai joué à cache-cache avec le mont Fuji sous l’œil attendri de Hokusai, qui aurait sûrement décliné sans mal ses 36 vues (46 en réalité) depuis ce TGV nippon. A la sortie d’un tunnel, tantôt caché derrière une colline, dévoilant timidement son sommet, tantôt olympien, imbu de ses formes et complice de la neige qui le saupoudre avec grâce. Solennel, toujours.

 

Tunnel de toris Combien de marches ai-je dû gravir pour atteindre le sommet de la colline ? Oh, elle n’est pas bien haute, un peu plus de 230 m, mais il m’a semblé en grimper bien plus que pour atteindre le haut de la Tour Eiffel. La visite du sanctuaire Fushimi Inari tient plus de la randonnée que du recueillement, même si les deux, bien sûr, ne sont pas incompatibles. Ce qui m’a attirée sur ces lieux (débordées par nos envies, Hélène et moi avons aujourd’hui vaqué chacune de notre côté), outre l’aspect bucolique, ce sont ces surprenants couloirs de torii qui serpentent dans la montagne et dans lesquels on s’engage sans trop savoir où ils vont nous mener. Ces portiques vermillon symbolisent le passage du profane au sacré. Ici, il y en aurait plus de 30 000 alignés sur un total de 5 km ! De fait, je n’ai cessé d’en emprunter pendant environ une heure quinze, le temps qu’il m’ a fallu pour jouir d’une belle vue sur Kyoto. En chemin, j’ai croisé de nombreux renards, tous figés dans la pierre, messagers sur terre de la divinité Inari dans la religion shinto (et bouddhiste). Le canidé est censé veiller sur les récoltes et tient souvent dans sa gueule la clé du grenier à blé. Même les nouilles que l’on peut déguster dans les pittoresques auberges, en chemin, s’appellent kitsune udon (nouilles du renard).

En m’élevant sur la colline, je me suis dit que le shintoïsme était la seule religion dont je me sens à peu près proche, bien loin de nos croyances monothéistes, moralisatrices et dogmatiques. Aucune représentation humaine (à ma connaissance, somme toute assez succincte), que des bestioles. Une communion singulière avec la nature, entre animisme et panthéisme. Les Japonais ne construisent pas de cathédrales, mais ils font de divins jardins.

A Kyoto, mon excitation à l’égard de la gastronomie japonaise est à son comble. A Tokyo déjà, nous avions exploré le quartier Kappabashi, où se  concentrent les ustensiles de cuisine, et le marché Tsukiji, sorte de Rungis entièrement dédié aux poissons et fruits de mer (le plus grand du monde tout de même, c’est très impressionnant, bien que nous n’ayons pas vu la criée aux thons rouges, dont l’accès est très réglementé). A Kyoto, la pluie aidant, nous avons passé une partie de la matinée au marché Nishiki, surnommé la « cuisine de Kyoto », parce que les grands chefs du kaiseki (les plats les plus raffinés de la ville) s’y approvisionnent. C’est une longue allée étroite et couverte bordée d’échoppes, alimentaires pour la plupart. Nous nous sommes aussi arrêtées chez un coutelier à l’art affûté (une pure merveille, voir le blog d’Hélène) et chez un « sakiste » charmant et concentré. Le saké (Bouzimaya) goûté le jour de notre arrivé m’ayant déçue, j’ai cherché une  bonne adresse pour me procurer un saké non pasteurisé (namazake). Impossible, en revanche, de trouver le Kawasemi dégusté avec Jérôme à Paris. En accompagnement de nos pickles de légumes (tsukemono), il s’est avéré moins sec et très fruité, plus proche du Kawasemi qui avait séduit mon palais d’Européenne rompue aux vins gouleyants. Pas de coup de cœur, en revanche, pour les délicates pâtisseries achetées dans une belle boutique de Shijo-dori. Si les Japonais excellent dans l’art de l’emballage, le contenu n’est pas à la hauteur du contenant !

L’ukiyo-e  est un mouvement artistique japonais de l’époque d’Edo comprenant non seulement une peinture populaire et narrative originale, mais aussi et surtout les estampes japonaises gravées sur bois. Dans son sens ancien, le « monde flottant » est lourdement chargé de notions bouddhiques, avec des connotations mettant l’accent sur la réalité d’un monde où la seule chose certaine, c’est l’impermanence de toute chose.

« Vivre uniquement le moment présent,
se livrer tout entier à la contemplation
de la lune, de la neige, de la fleur de cerisier
et de la feuille d’érable… ne pas se laisser abattre
par la pauvreté et ne pas la laisser transparaître
sur son visage, mais dériver comme une calebasse
sur la rivière, c’est ce qui s’appelle ukiyo. »

Préface d’Asai Ryōi dans Les Contes du monde flottant (env. 1665).

Source : Wikipédia

Imaginez une petite pièce d’eau rectangulaire de 2 mètres carrés avec une baignoire relativement basse. Vous déposez votre yukata (kimono léger) dans la minuscule pièce qui sert de sas (et vous n’arrivez pas habillée de pied en cap comme je l’ai fait ce soir). A l’aide du pommeau de douche ou des petites bassines posées au sol, vous vous rincez abondamment près de la baignoire, qui pour l’heure est couverte d’une sorte de mini « liner » destiné à conserver la chaleur de l’eau. Vous enroulez cette protection sur elle-même de manière à pénétrer dans la dite eau, dont la température est idéale pour se relaxer (du moins, ce fut mon cas). Quand vous vous glissez dans la baignoire, elle déborde mais pas de panique, ça n’est pas grave. Il y a un trop-plein conçu à cet effet sur le sol. Ouf. Immergée, vous pouvez donc méditer sans plus attendre sur les bizarreries des dernières 24 heures :

1 – La vitrine et le slogan en français d’un Love hotel à Tokyo, hier soir, où l’on propose des tarifs pour une heure, deux heures ou plus si affinités confirmées.

2 – Le mont Fuji revu depuis le shinkansen (le fameux train ultrarapide) en roulant vers Kyoto : il m’a paru trappu, privé de sa cime prisonnière des nuages. Je le suppose plus beau de loin.

3 – Une ardoise annonçant le beaujolais nouveau dans un resto de Kyoto.

4 – La première contravention de vélo mal garé (Florent Chavouet en est plusieurs fois victime dans Tokyo Sanpo).

Vous sortez du bain une fois ce petit film mental achevé. Et là, seulement là, vous vous lavez à grand renfort de savon jusqu’à ce qu’il n’en reste plus une bulle. Vous retournez alors au bain terminer ce petit rituel, comme il en existe beaucoup d’autres ici. Le mode d’emploi spécifie qu’on peut même chanter une petite chanson (spéciale dédicace au petit être brun).