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Rubrique ‘Escapades’

Pointe d'ArçayC’est un petit office notarial rural sobrement aménagé : quelques chaises un peu design qui contrastent avec le bureau traditionnel bois et cuir et le pot à crayons à cases qui crie fa-mine. Une plante verte dégarnie sans panache, l’encyclopédie Dalloz sur les étagères et des piles de chemises avec des noms propres écrits au marqueur sur la tranche.
La période est propice aux noces. Moi j’étais ce week-end à un testament authentique et je le revendique. On ne choisit pas ses amis par hasard. A la différence du testament holographe – un cadeau empoisonné pour ceux qui en sont légataires, il faut deux témoins pour un testament de ce type. Alors je me suis prêtée au jeu dans la bonne humeur générale. L’opération s’est déroulée en deux temps : la dame d’abord, munie de son carnet recouvert fort à propos de têtes de mort, puis son compagnon. Comme dirait le notaire non sans humour, dans une scène digne d’un Chabrol, « une chance que vous ayez dit la même chose, sans quoi vos amis auraient été dans l’embarras ». Pas faux. Et de nous raconter quelque anecdote croustillante d’un époux venu annuler un après-midi le testament signé le matin même à l’insu de sa chère femme… Faute d’un stylo Mont Blanc dont j’aurais pu hérité précédemment, j’ai signé solennellement les déclarations de mes amis en pleine santé. Laquelle santé méritait que l’on trinque à son endroit sans trop tarder.

Il fallait ensuite penser au voyage de testament. Le choix se porta sur une immense flèche sableuse (dirigée vers Cupidon ?) bien connue du couple, la pointe d’Arçay, en Vendée. Cette avancée dans la baie qu’affectionnent les naturistes de tout poil, à La Faute-sur-Mer, fait face à l’île de Ré. N’allez pas vous imaginer des choses. Nous y sommes allés en simples naturalistes. Et un miracle s’est produit : un aigle a survolé ce site littoral précieux et insolite. Le champagne qui arrosa notre pique-nique n’est pour rien dans cette affaire et les jumelles sont formelles. J’ai ma petite idée sur la question : le rapace a fait le détour pour saluer mes amis ornithologues. Après tout, on fait bien des cadeaux de mariage ?

 

 

BristolBristol sous la pluie vous donne une tête de papier mâché, aussi triste qu’une chanson de Portishead, petite ville portuaire indiquée sur les panneaux routiers aux abords de la ville. Pourtant, même sous des trombes d’eau, la cité de Wallace & Gromit conserve une certaine gaieté qu’on attribuera tantôt aux façades colorées de Clifton Village, tantôt au flegme britannique rompu aux ondées et aux ciels tourmentés. Il y a quelque chose de nantais dans cette ville construite et reconstruite (après la guerre) au bord de l’Avon. Comme Nantes en France, c’est la sixième ville d’Angleterre. Elle vit naître un genre musical qui m’est cher, le trip hop, dont les plus grands représentants demeurent Portishead donc, Massive Attack et Tricky.

En quittant la ville par le spectaculaire pont suspendu de Clifton, on retombe bien vite dans la campagne verdoyante du Somerset voisin, où Shaun the sheep n’est jamais bien loin… Encore très rural, le comté du cidre et du cheddar compte une multitude de routes minuscules et encaissées où il est impossible de croiser ne serait-ce qu’une Austin Mini, sauf à se serrer affablement sur les passing places prévues à cet effet. Randonner sur les chemins creux parfaitement entretenus du parc national d’Exmoor est un enchantement, au son des pouillots (fitis, siffleur et véloce) qui affectionnent les hautes futaies de hêtres et de chênes moussus. Polypodes, scolopendres, capillaires, les fougères foisonnent le long des murets de schiste couverts de linaires aux minuscules fleurs violettes et de nombrils de Vénus vert bouteille. Mousse, bouteille, ça ressemble à de la bière, ça. Bientôt l’heure de trinquer au pub avec une Cotleigh locale !

 

Depuis une ile de la LoireDimanche, le printemps a pris un toboggan. Zou, a glissé dans l’été. Et nous avec. Debout, sur mon île face à au village trop éclairé, premier chant du coucou, sans un sou en poche. Mince. Mais contente quand même. A peine remise, les premières trilles du rossignol planqué dans un bosquet épineux. Un rossignol quoi. Puis une fauvette énervée qui daigne se montrer. Un faucon plane au-dessus, des buses paradent dans une ascendance. Un ciel repeint dans la nuit. Ambiance surréelle. Suis-je vraiment réveillée ? Oui. Même que dans la nuit, une guêpe endormie a piqué le petit être brun : une première fois (pas assez), une seconde (la bonne) : « Debout là-dedans ! C’est le printemps ! »

Derrière un gros tronc à l’écorce ridée, j’observe deux chevreuils contre le vent tiède. Les bois d’un troisième brocard apparaissent derrière une butte de la prairie d’un vert électrique.  Puis une chevrette délicate. Quatre chevreuils, quatre hérons cendrés : mes jumelles ne sont pas assez grandes pour contenir tout ça. Petit moment de grâce : un chevreuil houspille un héron qui s’envole, courroucé.

A bout de l’île, une colonie d’hirondelles de rivage pépie avec force loopings. Je regarde au sol, piètre botaniste que je suis. Dominique m’apprendra un peu plus tard que j’ai vu des ornithogales en ombelle (ou « dame de onze heures », allez savoir pourquoi), des cardamines des prés et un volumineux chardon de Marie. Précieux vocabulaire naturaliste.

Je pense à Jean-Louis Murat et à son Toboggan à lui, très bel album où, enfin, il ne semble pas bouder son plaisir. De nouveau des noms d’animaux, des cris aussi, des comptines et des paroles qu’on ne comprend pas toujours, le patois désuet et poétique du troubadour bougnat. Une tranquille dérive à l’image de la Loire qu’il cite dans son disque… et qui coule sous mes yeux. La Loire, ce lien, toujours.

Ueno en avril

Au Japon, on est déjà le 11 mars. En hommage au deuil national qui se joue aujourd’hui là-bas, une belle rencontre « nipponne » hier, à Sète, dans une boutique à l’enseigne évocatrice : « Ueno en avril ». Ueno, c’est le quartier où nous avons passé nos premiers jours à Tokyo, Hélène et moi. C’était l’automne et les érables rougeoyaient. Nous aimerions y retourner au printemps et ce assez rapidement… Dans cette boutique donc, plein d’objets que nous avons convoités là-bas, voire rapportés : vaisselle, noren, papier washi… . Et du thé genmaicha, aux grains de riz grillés et au maïs soufflé, celui que j’aime tant boire le matin, vers 11 heures, en faisant brûler un encens. Bref, plutôt incongru dans ce petit port de l’Hérault où repose Brassens. Loin des saveurs japonaises, j’y ai découvert des spécialités tout aussi délectables : des tielles achetées chez Cianni dans une boutique au dépouillement prometteur, des Zézettes, biscuits tout simples issus d’une vieille recette pied-noir, excellents avec un bon café. On s’attend à du croquant, on a du moelleux sous la dent. La boulangère m’a dit qu’elle mettait du rosé dans sa recette. Bien qu’on ne soit restés qu’une bonne heure dans la ville, Flavie m’a aussi entraînée dans un ultime lieu de perdition, La Biscuiterie, où j’ai acheté une poignée de petites navettes salées aux herbes de Provence, piment d’Espelette, olives, paprika… contrairement aux Zézettes, qui appellent un café serré, celles-ci appellent un petit blanc frais. Allez, tiens, un picpoul-de-pinet té !

Le viaduc des Arceaux à MontpellierA Montpellier, près du viaduc des Arceaux, il y a une impasse du Bonheur qui donne dans la rue des Rêves. Gaston Bonheur. En voyant le panneau, tandis que le petit être brun recherchait sans boussole le studio de ses années estudiantines, je me suis demandé naïvement comment on pouvait porter un tel patronyme. J’ai découvert avec déception qu’il s’agissait d’un pseudonyme, celui d’un journaliste un peu poète (ex-rédacteur en chef de Paris Match) qui est mort ici, de son vrai nom Gaston Tesseyre, un nom de famille très courant dans le coin. N’empêche qu’il y a moult quartiers charmants à Montpellier. Pour une fille de l’Ouest, c’est fort dépaysant. Des jeunes et des places à tous les coins de rue. Parmi celles que nous avons testées à différentes heures de la journée, avec Delphine et la smala, gros coup de cœur pour la place Saint-Roch et le bistrot éponyme, flanqué d’un serveur survolté qui répond au prénom de Joël. Quand je lui ai lancé que sa chemise était assortie à la nappe à carreaux rouges, il m’a rétorqué à la volée qu’il était assorti à la vie. J’ai trouvé ça joli.

Le Puy MaryRien à voir avec le film de Kieslowski. Le blanc, c’est juste la couleur (bien que ça n’en soit pas une) qui domine depuis mon arrivée dans le Cantal. Le blanc immaculé du plateau de Pailherols, célèbre pour sa fabuleuse Auberge des Montagnes, dont j’entendais parler depuis presque deux décennies. Le blanc cotonneux percé par la motoneige de Bertou, le vaillant pisteur alpiniste – « vingt ans de boutique » – qui m’a promenée avec dextérité sur les sommets embrumés du Lioran. Le blanc laiteux de l’œuf cocotte aux morilles cuisiné avec brio par Bruno, à l’Auberge d’Aijean. Le blanc éblouissant du Puy Mary, que l’on atteint sans peine en raquettant une bonne heure depuis le col de Serre. Blanc comme l’ivoire de mammouth des incroyables couteaux que possède Valéry Besse, collectionneur et antiquaire captivant de L’Âge de bronze, à Murat. Blanc comme l’un des thés qu’apprécie Jean-Christophe Maurin, propriétaire du salon de thé La Maison de Justine… où il rend hommage à Dalida avec délicatesse. Les physiciens considèrent que le blanc est une valeur, non une couleur. Alors, oui, le Cantal est bien blanc.