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J'anime un 2ème blog dans lequel je propose une sélection de sites Web, de vidéos et d'articles divers trouvés sur Internet.
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Les derniers articles ci-dessous :

Rubrique ‘Bonnes têtes’

La couverture des IgnorantsPour la supposée soirée de la fin du monde, avant-hier, nous nous offrons un bel apéritif au bar La Provence, près de la place Royale, à Nantes. Impossible d’acheter la moindre bouteille d’alcool dans la ville : un arrêté préfectoral l’interdit par crainte des débordements. Nathie m’explique sommairement : le grand manitou Facebook invite à une murge collective pour affronter la fin du monde sans douleur. Soit.

Sur le zinc (un vrai) de La Provence, je soudoie donc l’affable Jean-Luc (planqué derrière sa trancheuse à jambon) par quelques mots éclairés, désignant sur sa carte des vins « Les Noëls de Montbenaut ». Ce coteau-du-layon, il le vend 27 euros les 50 cl, mais vous comprenez, je ne veux pas boire tout ça, moi, alors juste un verre siouplaît. Il accepte, bonhomme. Et moi je le renifle, ce nectar dont la BD m’a fait rêver. Nez miellé, légèrement beurré, couleur dorée, une incroyable longueur en bouche qui vous tapisse le palais. Slurp.

Honte à moi, je n’ai pas retenu le millésime, enchaînant brutalement avec un verre de coteau-du-loir du domaine Nicolas, dont la saveur de pineau d’Aunis aurait fait tomber Hélène de son tabouret si elle avait été assise là. C’est toujours avec un plaisir non dissimulé que je bois du (bon) vin sarthois quand d’aucuns pensent que ça n’existe pas. Mais revenons à notre coteau-du-layon : j’ai supposé que c’était l’un des derniers qu’il avait produits, ce fameux Richard Leroy. D’après mes lectures, ce chantre de la biodynamie a cessé de faire des liquoreux pour s’affranchir totalement des sulfites, qu’il est impossible d’éviter sur ce type de vin. Voici ce qu’en dit la Revue du vin de France :

« De son vignoble de poche (2,7 ha sur des schistes gréseux et rhyolites), Richard Leroy sélectionne comme un orpailleur ses raisins (en culture bio) et produit de grands secs, qu’il élève méticuleusement en barriques dans un garage reconverti en cave. Tous les fous du cépage chenin suivent avec passion cette excitante production. Depuis 2008 les vins ne sont plus produits en appellation anjou mais en vin de table. »

Tokyo vu de la mairie« A l’Hôtel Amour, le silence se partage, il fait la cour

Je pars pour Tokyo

Dans ma tête, il y a un passage

Un vide confortable

L’Hôtel Amour

Des secrets fissurés volent au-dessus des tables

Le temps prend le train

Un arrêt sur chaque visage

Je suis de passage

A L’hôtel Amour

Le silence dévoile l’intime au grand jour

Un jour idéal

Un lieu de passage

Un vide confortable

L’Hôtel Amour »

Ariane Moffatt (extrait de l’album MA, un concept japonais justement)

* L’insula est une zone du cortex cérébral aux fonctions encore obscures, dont Jean-Claude Ameisen parle fort bien…

Oyats, comme des cheveuxC’était une carte postale qui la faisait beaucoup rire et qu’elle conservait parmi d’autres grigris, posés sur sa coiffeuse. L’exercice est périlleux, peut-être impudique, mais Fred lisait parfois mon blog et y trouvait un certain plaisir. Comme elle avait plaisir à ressortir cette carte de Plonk & Replonk – « Grève des patrons-coiffeurs » – que je lui avais envoyée il y a quelques mois. Alors je me risque à cette épitaphe bavarde et virtuelle. C’était une étrange amitié que nous avions tissée là. Un rendez-vous capillaire environ tous les deux mois, à Paris, quand j’y vivais et même après. Mon entourage se moquait parfois. Allez chez le coiffeur à Paris quand on vit en Touraine, même en rase campagne, ça fait snob. N’empêche que j’ai toujours été moins bien coiffée ailleurs. Les rares infidélités provinciales, elle les voyait, mais jamais elle n’aurait critiqué ma coiffure de Playmobil, elle, la Nantaise et fière de l’être. Je n’y allais pas que pour son coup de ciseaux virtuose. On riait beaucoup, en général. Elle virevoltait autour de votre crâne avec la maîtrise d’un chef teppanyaki autour d’un volcan d’oignons. J’en oubliais qu’elle était en train de me coiffer. Vingt ans comme ça, à ne pas voir nos âges défiler, à partager nos bonheurs et nos maux, elle des ciseaux dans la main, moi les cheveux en bataille. Quand j’y songe, on a passé plus de temps à se parler devant une glace qu’à se regarder en face. Peut-être qu’au fond, cette singularité spéculaire a scellé notre complicité. Quand j’imagine Fred, je la vois dans la glace, une surface polie comme elle savait l’être avec ses clients, lumineuse comme son regard espiègle. De la réflexion, une classe naturelle, une spontanéité désarmante. Elle s’est suffisamment occupée de ma tête pour y avoir sa place. Elle est là, blottie dans un petit coin, évidemment souriante. Mon père et ma grand-tante lui ont fait un peu d’espace. Ce sont mes morts, incroyablement vivants. Incroyablement rassurants.

Photo : chevelure d’oyats sur la plage du Donnant, à Belle-Ile (pour Frédérique, dans un ciel forcément bleu).

 

 

 

Dans le numéro d’été de Tour(s)plus le mag, mon article sur le Centre de ressource pour la cognition (CRC), qui propose une méthode pour entretenir le cerveau par des activités de loisirs (page 10). Ce numéro est téléchargeable en PDF sur le site de l’agglo.

Vipère péliadeIl y en a qui connaissent les coins à champignons. Gilles connaît les places des vipères péliades. Oui, on dit une place dans le jargon naturaliste. Comme une station quand il s’agit de plantes… ou de métro.

On a emprunté un petit sentier de rando plutôt raide, à Milin ar Lann, jusqu’à une lande superbe où bourdonnaient quelques insectes. « Là, on cherche », a dit Gilles, volontiers laconique, alors on a cherché. Moi, bien sûr, je n’ai rien trouvé, que dalle, hormis un minuscule lézard vivipare. Gilles, il a retrouvé sans mal quelques-unes des vipères déjà repérées le matin. Parce que Gilles, oui, va voir ses vipères deux fois par jour, le week-end. C’est sa posologie.

Si on lui demande pourquoi cette passion, il répond : « Probablement pour les mêmes raisons qui font que la plupart des gens les redoutent ». Voilà. Pourquoi chercher à comprendre l’incompréhensible ? Certains collectionnent bien les taille-crayons. Pire, on leur donne un nom : les molubdotémophiles. Gilles, c’est moins grave. Il est juste herpétologue. Mais ça peut faire mal. Un jour il s’est fait mordre.  » C’est parce que je l’ai manipulée… Le seul coupable, c’était moi. Pour éviter tout accident, portez des bottes et laissez-les tranquilles ! » Pas de souci : j’aime les regarder, tant elles passent inaperçues à mes yeux de prosélyte, mais il ne me viendrait pas à l’idée d’y toucher. Celles qu’on observe ce jour-là sont en mue : elles ont les yeux bleus et vitreux, alors qu’ils sont rouges d’ordinaire. Dès que je m’approche trop, elles disparaissent et leur reptation silencieuse me captive autant que le vol d’un oiseau.

Au départ, Gilles s’amusait à les compter. Encouragé par un scientifique, il a décidé de les suivre individuellement depuis 2000. Il a délimité un petit territoire à dix minutes en vélo de l’Ile Grande : 600 mètres de haies et de talus dont il fait le tour en moins de deux heures, une cinquantaine de fois par an, pour les “photo-capturer”. « Contrairement à la vipère aspic, qui présente la même taille d’écailles sur le corps et sur la tête, la vipère péliade a trois plaques céphaliques plus grosses sur la tête. Je photographie ce détail et le zigzag qui commence sur la nuque, différents selon les individus. » On en compte plus de 300 au catalogue : des blondes, des brunes, des rousses… Certaines, il peut le prouver, affichent au moins treize ans au compteur !

Moi, je connaissais la boule de flipper. Corynne Charby peut aller se rhabiller. Gilles, lui, préfère les “boule de vipères”. Âmes sensibles, s’abstenir ! « Plusieurs mâles tentent parfois de s’accoupler avec la même femelle (ben tiens, NDLR). Il peut aussi s’agir d’individus qui profitent d’une même place d’insolation. » Là où je vois une partie fine de reptiles aux mœurs débridées, Gilles évoque « un regroupement écologique ». Et de citer le cas de ces femelles qui se réchauffaient ensemble, accélérant ainsi la maturation de leurs embryons. Il en sait des choses, Gilles.

Photo © Gilles Bentz.

Le tombeau de François II à la cathédrale de Nante Il est rare que le soleil écrase la place Graslin de touffeur, surtout à 19 heures. L’été prend sa revanche. Ils veulent de la chaleur ? En voilà. On ne va quand même pas se plaindre. Trop d’eau, trop froid, trop chaud. Y a-t-il quelqu’un pour s’enthousiasmer dans la salle ? Regardez les athlètes des JO : ils perdent, ils sont déçus, ils font avec. Un claquage ? A peine s’ils grimacent. J’admire. Et pourtant on ne peut pas dire que je vénère le monde du sport. Remarquez, j’ai pas moufté quand je me suis brûlée ce matin en mettant mon cake au four.

Mon chat est affalé sur le plaid Linvosges du canapé. Pour un peu, il s’éventerait, précieux comme il est. La scène, faiblement éclairée par une lampe d’appoint, semble tirée d’un magazine de design. C’est décoratif un chat.

De mon balcon nantais, je récapitule mes dernières découvertes urbaines, après une pause à la mer. Je suis retournée voir les gisants de la cathédrale, qui prennent toute leur ampleur quand on contemple le tombeau depuis le petit promontoire installé pour le Voyage à Nantes. Les drapés sont saisissants, en marbre blanc de Carrare. Le sculpteur Michel Colombe, qui d’ailleurs œuvrait à Tours, était septuagénaire quand Anne de Bretagne lui commanda (il s’agissait de ses parents) ce que l’on considère désormais comme un chef-d’œuvre. En particulier les grandes statues des angles qui volent volontiers la vedette aux gisants. Normal, ce sont les vertus cardinales !

Mais l’heure est venue de vous parler d’une autre vedette. Figurez-vous qu’il y a quelques jours, une rosalie des Alpes a atterri sur le balcon sus-nommé alors que nous étions à table. Les filles ont crié (ah, les filles…). Moi, je n’en croyais pas mes yeux. « Une rosalie des Alpes ! », me suis-je exclamée. Et de fait, il s’agissait bien du coléoptère que j’ai cherché maintes fois sur des trognes ou des vieux troncs. J’ai attrapé délicatement le longicorne bleu cendré tacheté de noir, au grand dam des filles, pas tranquilles. Et si ça piquait ? Et si ça mordait ? Rien de tout ça. La rencontre fut brève, mais intense. Ma rosalie s’en est allée, envolée lourdement avec ses antennes en bandoulière. Et les filles se sont calmées. Que pouvait bien faire cette espèce rare et protégée dans le parc, certes vaste, de la résidence ? Est-elle venue pour le Voyage à Nantes ?

Minuit a sonné sur le balcon-belvédère. Une légère brise agite les branches des grands arbres du parc que je ne vois plus. Je pense à Rosalie et j’entends la hulotte. C’est chouette.